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Hériter d'un bien immobilier en Suisse : vendre, garder ou partager ?

Droits successoraux, impôts par canton, vente après décès, indivision : tout ce que vous devez savoir pour prendre la bonne décision lors d'un héritage immobilier en Suisse.

16 mai 2026 · 18 min de lecture

Un décès, un bien immobilier, et soudain des questions auxquelles personne n'est préparé. Qui hérite de quoi ? Faut-il vendre, garder ou partager ? Combien coûte un héritage immobilier en Suisse ? Ce sont des interrogations légitimes, et les réponses varient considérablement selon votre canton et votre lien de parenté avec le défunt.

En Suisse, la succession immobilière est régie par le Code civil suisse au niveau fédéral, mais les impôts sur les successions relèvent de la compétence cantonale. Résultat : un héritage à Genève peut coûter des dizaines de milliers de francs en impôts, tandis qu'à Zurich ou Berne, le même héritage entre descendants directs est exonéré. Ce guide vous accompagne étape par étape pour comprendre vos droits, évaluer les coûts et prendre la meilleure décision pour le bien hérité.

1. Qu'est-ce qu'un héritage immobilier en Suisse ?

Un héritage immobilier (ou succession immobilière) désigne la transmission d'un bien immobilier suite au décès de son propriétaire. En Suisse, cette transmission est encadrée par les articles 457 à 617 du Code civil suisse (CCS), qui définissent les règles de dévolution successorale, les parts réservataires et les droits des héritiers.

Concrètement, lorsque le propriétaire d'un bien immobilier décède, ce bien fait partie de la succession — au même titre que les comptes bancaires, les placements financiers, les dettes et tout autre élément du patrimoine du défunt. Les héritiers légaux ou désignés par testament recueillent l'ensemble de cette succession, y compris les éventuelles dettes hypothécaires attachées au bien.

Ce point est essentiel : hériter d'un bien immobilier signifie aussi hériter de l'hypothèque qui y est attachée. Si le défunt avait encore 400 000 CHF d'hypothèque, les héritiers reprennent cette obligation. C'est pourquoi il est crucial de comprendre ce que l'on hérite avant d'accepter.

Les trois grandes questions qui se posent lors d'un héritage immobilier suisse :

2. Les droits successoraux en Suisse : qui hérite de quoi ?

Le Code civil suisse définit trois ordres successoraux qui déterminent la répartition de la succession en l'absence de testament :

Premier ordre : les descendants

Les enfants du défunt héritent en premier. S'ils sont plusieurs, ils se partagent la succession à parts égales. Si un enfant est décédé, ses propres enfants (petits-enfants du défunt) prennent sa place — c'est le principe de représentation successorale.

Deuxième ordre : les parents et frères et sœurs

Si le défunt n'a pas de descendants, ses parents héritent. Si les parents sont tous deux décédés, les frères et sœurs (ou leurs descendants) héritent à parts égales.

Troisième ordre : les grands-parents et collatéraux

Si ni descendants ni parents/frères et sœurs n'existent, les grands-parents héritent. À défaut, les oncles, tantes et cousins héritent.

Le conjoint survivant

Le conjoint survivant hérite toujours, mais sa part dépend des autres héritiers présents :

Configuration successoralePart du conjoint survivantPart des autres héritiers
Avec descendants (1er ordre)½ de la successionL'autre ½ partagé entre les descendants
Avec parents (2e ordre)¾ de la succession¼ partagé entre les parents
Avec frères et sœurs (2e ordre)¾ de la succession¼ partagé entre les frères et sœurs
Avec grands-parents (3e ordre)La totalité de la successionAucune part
Seul héritierLa totalité de la succession

Les parts réservataires

Le Code civil suisse protège certains héritiers par des parts réservataires (Pflichtteile) qui ne peuvent pas être réduites par testament :

Concrètement, cela signifie que même si le défunt a rédigé un testament défavorable à ses enfants, ceux-ci ont droit à au moins 3/8 de la succession. Le solde — la quotité disponible — peut être librement attribué par testament.

Exemple : un père décède en laissant un enfant et son conjoint. L'enfant a droit à ¾ de sa part légale (¾ × ½ = 3/8), le conjoint à ½ de sa part légale (½ × ½ = ¼). Il reste 3/8 de quotité disponible que le défunt peut attribuer librement par testament.

3. Impôts sur les successions immobilières par canton

C'est ici que les différences entre cantons deviennent saisissantes. Les impôts sur les successions sont de compétence cantonale en Suisse, ce qui signifie que chaque canton fixe ses propres taux, exonérations et barèmes. Le canton du domicile du défunt est compétent.

Voici un aperçu des taux d'imposition sur les successions immobilières par canton et selon le lien de parenté :

CantonConjoint / Partenaire enregistréDescendants directsFrères et sœursNon-parents
ZurichExonéréExonéré6 – 18%18 – 30%
GenèveExonéré (si commune de vie)Jusqu'à 45%Jusqu'à 50%Jusqu'à 50%
VaudExonéréExonéré6 – 24%6 – 24%
BerneExonéréExonéré8 – 20%15 – 30%
ValaisExonéréExonéré8 – 20%15 – 30%
Neuchâtel5 – 10%Exonéré15 – 30%20 – 35%
FribourgExonéréExonéré10 – 20%15 – 30%
ZougExonéréExonéré6 – 15%15 – 25%
Bâle-VilleExonéréExonéré8 – 20%15 – 30%
ArgovieExonéréExonéré6 – 18%18 – 30%
Saint-GallExonéréExonéré8 – 20%15 – 30%
TessinExonéréExonéré8 – 20%15 – 30%

Ces taux sont indicatifs et peuvent varier selon le montant de la succession, les déductions applicables et les évolutions législatives. Consultez toujours l'autorité fiscale de votre canton.

Points clés à retenir :

Exemple chiffré : succession immobilière à Genève

Simulation : héritage d'un appartement à Genève
Valeur du bien immobilier 800 000 CHF
Autres actifs (comptes, placements) 120 000 CHF
Dettes (hypothèque restante) – 300 000 CHF
Masse successorale nette 620 000 CHF
Héritier : 1 enfant (descendant direct)
Exonération (descendant direct à Genève) 50 000 CHF
Base imposable 570 000 CHF
Impôt sur la succession estimé (Genève) ~ 80 000 – 100 000 CHF

Le même héritage à Zurich ou Berne serait totalement exonéré d'impôt pour un descendant direct. C'est dire l'importance du canton dans le calcul fiscal d'une succession immobilière.

En cas de vente du bien hérité avec hypothèque en cours, les impôts sur la succession s'ajoutent aux frais de remboursement anticipé et à l'impôt sur le gain immobilier — un triple impact qu'il faut anticiper.

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4. Vendre un bien hérité : les étapes et les délais

Vendre un bien hérité est souvent la solution privilégiée, surtout lorsque plusieurs héritiers sont concernés ou que le bien ne correspond pas aux besoins de l'héritier. Voici les étapes et les délais à connaître.

Étape 1 : Accepter la succession

Avant de pouvoir vendre, vous devez avoir accepté la succession. L'acceptation peut être expresse (déclaration formelle) ou tacite (par vos actes, par exemple en payant les factures du défunt ou en percevant les loyers). Vous disposez de 3 mois pour renoncer si vous le souhaitez (voir section 7).

Étape 2 : Obtenir l'accord de tous les héritiers

Si vous n'êtes pas seul héritier, tous les héritiers doivent consentir à la vente — à moins qu'un mandat de vente n'ait été confié à l'un d'entre eux ou à un exécuteur testamentaire. En cas de désaccord, la solution passe par un partage judiciaire, qui peut prendre des mois.

Étape 3 : Faire estimer le bien

Une estimation professionnelle est indispensable pour fixer un prix de vente réaliste et déterminer la valeur successorale du bien — qui sert de base au calcul de l'impôt sur le gain immobilier en cas de vente ultérieure.

Étape 4 : Régler la succession (inventaire et partage)

L'autorité compétente du canton établit un inventaire officiel des biens du défunt. Les héritiers doivent se mettre d'accord sur le partage — ou solliciter un partage judiciaire en cas de conflit.

Étape 5 : Vendre le bien par acte notarié

En Suisse, la vente immobilière doit être réalisée par un notaire. Le notaire rédige l'acte de vente, vérifie les titres de propriété et s'assure que tous les héritiers consentent. Il n'y a pas de délai légal pour vendre — mais plus on attend, plus les frais (charges, hypothèque, impôts) s'accumulent.

Étape 6 : Payer l'impôt sur le gain immobilier

Attention : la vente d'un bien hérité déclenche l'impôt sur le gain immobilier, calculé sur la différence entre le prix de vente et la valeur successorale du bien (et non le prix d'achat initial par le défunt). Si vous vendez rapidement après l'héritage, le gain sera généralement faible — voire nul.

Conseil pratique : si vous envisagez de vendre le bien hérité, faites-le dès que possible après l'ouverture de la succession. Non seulement vous évitez l'accumulation de charges, mais vous limitez aussi l'impôt sur le gain immobilier (la plus-value est calculée entre la valeur successorale et le prix de vente).

5. Garder le bien : avantages et inconvénients

Garder le bien hérité est une option qui se présente souvent quand l'héritier y vit déjà, souhaite le louer, ou n'est pas pressé de vendre. Mais ce n'est pas une décision à prendre à la légère.

Avantages de garder le bien

Inconvénients de garder le bien

Quand garder le bien a du sens

Quand vendre est préférable

6. Partager entre héritiers : l'indivision et ses pièges

Lorsqu'un bien immobilier est hérité par plusieurs héritiers, ils se retrouvent en indivision — c'est-à-dire copropriétaires du bien sans répartition physique. Chaque indivisaire possède une quote-part (fraction) du bien, mais personne ne possède une pièce ou un étage en particulier.

Comment fonctionne l'indivision

En indivision, les décisions majeures nécessitent l'accord de tous les indivisaires (article 647a CCS) :

Les décisions courantes (entretien, petits travaux, gestion locative) peuvent être prises à la majorité des voix, pondérées par les parts.

Les pièges de l'indivision

Comment sortir de l'indivision

Trois solutions existent pour mettre fin à l'indivision :

Bon à savoir : depuis la révision du Code civil en 2011, tout indivisaire peut demander la vente du bien en justice s'il détient au moins la moitié des parts et que le maintien en indivision cause un préjudice. C'est un recours important quand un co-héritier bloque la vente.

7. Renoncer à une succession : quand et comment ?

La renonciation à une succession est un droit fondamental en droit suisse. On hérite de tout — y compris des dettes — ou on renonce à tout. Il n'existe pas de droit sélectif en Suisse : vous ne pouvez pas accepter le bien immobilier et refuser les dettes.

Le délai de renonciation

Vous disposez de 3 mois à compter du moment où vous avez connaissance du décès pour renoncer à la succession. Ce délai peut être prolongé par le juge en cas de motif valable. La renonciation doit être déclarée auprès de l'autorité compétente du lieu du décès (généralement l'office des successions ou le notaire).

Quand renoncer à une succession ?

L'alternative : le bénéfice d'inventaire

Si vous n'êtes pas sûr de la situation financière du défunt, vous pouvez demander un bénéfice d'inventaire (Inventarbegehren). Cette procédure officielle permet :

Le bénéfice d'inventaire est gratuit et peut être demandé dans le délai de 3 mois. C'est la meilleure option quand vous avez des doutes sur la solvabilité de la succession.

Conséquences de la renonciation

Si vous renoncez, vous êtes considéré comme n'ayant jamais été héritier. Votre part revient aux héritiers de l'ordre suivant. Par exemple, si un enfant renonce, sa part revient aux petits-enfants (ses propres enfants) — et non aux frères et sœurs du défunt.

Si tous les héritiers d'un ordre renoncent, c'est l'ordre suivant qui est appelé. Si personne n'accepte, la succession est liquidée par l'office des successions et le solde éventuel revient à l'État.

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8. Questions fréquentes

Qui hérite d'un bien immobilier en Suisse ?

En Suisse, l'ordre successoral légal est : 1) les descendants (enfants, petits-enfants), 2) les parents et frères et sœurs, 3) les grands-parents et oncles/tantes, 4) le conjoint survivant qui hérite concurremment avec les autres héritiers. Les parts exactes dépendent de la parenté et du canton.

Combien coûte un héritage immobilier en Suisse ?

Les impôts sur les successions immobilières varient fortement selon le canton et le lien de parenté. Entre conjoints ou descendants directs, beaucoup de cantons sont exonérés (Zurich, Berne, Vaud). Entre non-parents, les taux peuvent atteindre 50% à Genève. Il faut aussi compter les frais de notaire, d'inscription au registre foncier et l'impôt sur le gain immobilier en cas de vente.

Peut-on vendre un bien hérité en Suisse ?

Oui, les héritiers peuvent vendre le bien hérité. Si plusieurs héritiers sont en indivision, tous doivent consentir à la vente (ou un mandat doit être donné à l'un d'entre eux). La vente déclenche l'impôt sur le gain immobilier, calculé sur la différence entre le prix de vente et la valeur successorale du bien.

Peut-on renoncer à une succession en Suisse ?

Oui, tout héritier peut renoncer à une succession en Suisse. Le délai de renonciation est de 3 mois à compter de la connaissance du décès. La renonciation doit être déclarée auprès de l'autorité compétente du canton du défunt. On renonce à l'ensemble de la succession, pas à une partie seulement.

Quelle est la différence entre acceptation et renonciation d'une succession ?

L'acceptation implique de reprendre l'ensemble du patrimoine du défunt (y compris les dettes). La renonciation permet de refuser l'héritage en totalité — on ne hérite ni des biens ni des dettes. En cas de doute sur les dettes, on peut demander un inventaire officiel (bénéfice d'inventaire) avant de décider.

Comment fonctionne l'indivision successorale en Suisse ?

L'indivision signifie que plusieurs héritiers sont copropriétaires du bien. Chaque décision majeure (vente, hypothèque, travaux importants) requiert l'accord de tous les indivisaires. L'indivision peut être résolue par vente du bien, rachat des parts par l'un des héritiers, ou par un accord de partage.

Quel délai pour vendre un bien hérité en Suisse ?

Il n'y a pas de délai légal pour vendre un bien hérité. Cependant, si le bien est en indivision, il faut l'accord de tous les héritiers. La vente doit être réalisée par un notaire dans le canton où se situe le bien. L'impôt sur le gain immobilier s'applique sur la plus-value réalisée depuis l'ouverture de la succession.

Les conjoints survivants paient-ils des impôts sur les successions en Suisse ?

Dans la majorité des cantons (Zurich, Berne, Vaud, Fribourg, etc.), les conjoints survivants sont exonérés d'impôt sur les successions. Genève et quelques autres cantons appliquent un taux réduit. Seuls certains cantons comme Neuchâtel taxent les conjoints à un taux modéré (environ 5-10%).

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